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Japon

Le ginkgo, une histoire qui a commencé il y a 200 millions d’années


Tout comme la welwitschia, le séquoia de Chine et le pin de Wollemi, le ginkgo appartient au groupe des gymnospermes, dont les graines sont souvent protégées dans des cônes, comme c’est le cas pour les sapins et les épicéas. Les gymnospermes, à la différence des sophoras ou des catalpas par exemple, ne sont donc pas des plantes à fleurs (appelées, elles, angiospermes).

La diversité des gymnospermes a été maximale au Mésozoïque (-250 à -66 millions d’années) avant de fortement régresser. Il n’en subsiste aujourd’hui que mille espèces environ, surtout répandues dans les régions boréales et montagneuses.

Certaines lignées de gymnospermes ne sont plus représentées que par une seule ou quelques espèces, souvent considérées comme « reliques » de ces groupes anciens. Le Ginkgo biloba, arbre vénérable rescapé de l’ère primaire, fait partie de ces « espèces reliques ».

Comment reconnaître le ginkgo ?

Le ginkgo (Ginkgo biloba L.) est l’unique représentant actuel de la famille des Ginkgoaceae et de l’ordre des Ginkgoales. Il se reconnaît très facilement à ses feuilles en éventail qui sont souvent bilobées, ce qui a donné son nom à l’espèce, biloba. À l’automne, son feuillage caduc prend une teinte jaune d’or de toute beauté avant de tomber. C’est un arbre de belle allure, à port très caractéristique, pouvant atteindre 30 à 40 m de hauteur en France.

Chatons sur un arbre mâle (à gauche) et ovules sur un arbre femelle (à droite).
Marcin Kolasiński/Serge Muller, CC BY-NC-ND

Il s’agit d’une espèce dioïque : les organes mâles et femelles sont portés par des arbres différents. Les arbres mâles forment des chatons de forme cylindrique sur des rameaux courts ; les arbres femelles produisent des ovules de forme ovoïde sur des pédoncules. Au Jardin des plantes de Paris se trouve un arbre mâle sur lequel a été greffée avec succès une branche d’un individu femelle.

Comment il a été « découvert »

Le ginkgo est bien connu car il est très fréquemment planté partout dans le monde. Tant et si bien qu’on en oublierait que c’est un arbre indigène des montagnes du Sud de la Chine. Il faut dire que ses peuplements naturels ont longtemps été recherchés, en vain. Ce n’est que récemment, en 2012, que les ginkgos des milieux naturels de la montagne Dalou (Chine) ont été caractérisés comme une population naturelle relictuelle de l’espèce.

À partir de ses populations relictuelles naturelles, l’espèce a d’abord été introduite dans d’autres régions de Chine, puis au Japon et en Corée dès le XIIe siècle par des moines bouddhistes ; cela explique qu’on peut trouver dans ces pays des arbres âgés de près de 1000 ans, en particulier à proximité des sanctuaires Shinto.

Feuilles de ginkgo.
Schnobby/Wikimedia, CC BY-NC-SA

C’est à partir de ces populations naturalisées au Japon que l’espèce a été introduite en Europe. Le médecin naturaliste allemand Engelbert Kaempfer, qui séjourna au Japon de 1690 à 1692, fut le premier Européen qui a décrit cet arbre en 1712 dans son mémoire Amoenitatum exoticarum.

De jeunes pousses de ginkgo furent rapportées en Hollande par ses successeurs de la Compagnie néerlandaise des Indes et c’est dans le jardin botanique d’Utrecht que le premier ginkgo européen sera planté en 1730. Il a ensuite été introduit au jardin botanique de Kew (Londres) en 1761, puis au jardin botanique de Montpellier en 1778 par son directeur Antoine Gouan, à partir de plants reçus du médecin naturaliste montpelliérain Auguste Broussonet de la part du botaniste anglais Sir Joseph Banks. Gouan fit une description de l’espèce et l’illustra.

Un arbre résistant à l’exceptionnelle longévité

Le ginkgo présente de nombreuses caractéristiques hors du commun. Il a une longévité exceptionnelle – plus de 1000 ans, certains écrits indiquent même 3000 ans ; longévité expliquée dans une publication scientifique récente par des mécanismes moléculaires spécifiques de lutte contre le vieillissement. L’espèce possède aussi des systèmes de défense efficaces vis-à-vis de nombreux organismes pathogènes.

C’est un arbre qui résiste bien à la sécheresse et apparaît ainsi bien adapté au changement climatique. Le ginkgo résiste également bien à la pollution atmosphérique et figure parmi les premières espèces qui se sont redéveloppées après l’explosion de la bombe atomique d’Hiroshima.

Mais ce sont les populations naturelles relictuelles de ginkgos de la montagne Dalou (Chine) qui méritent avant tout la mise en place de mesures de conservation. Ces populations comportent des arbres âgés de plus de 800 ans, mais l’espèce y est rare et menacée, raison pour laquelle elle est considérée comme en danger d’extinction. Des mesures de conservation, que l’on espère efficaces, de ces stations refuges ont été mises en place.

Paysage de la montagne Dalou, dans le Sud-Ouest de la Chine.
Wenchi Jin/Wikimedia, CC BY-NC-SA

Où voir des ginkgos ?

Le ginkgo est aujourd’hui largement répandu comme arbre d’ornement dans les parcs et jardins français, comme dans de nombreux autres pays. En général, ce sont des arbres mâles qui sont plantés en ville parce que chez les arbres femelles, la paroi externe des ovules dégage de l’acide butyrique à l’odeur forte et désagréable de beurre rance.

Le gingko greffé du Jardin des plantes.
Serge Muller/MNHN, CC BY-NC-ND

L’Opendata de la ville de Paris fait ainsi état de près d’un millier d’arbres de cette espèce répartis dans les rues et parcs de la capitale, en particulier dans le XIIIe arrondissement (avenue d’Italie notamment). Pour Bordeaux, ce sont 136 arbres qui sont cartographiés sur l’Opendata de la ville.

En 1989, lors du bicentenaire de la Révolution française, les 514 communes de Seine-et-Marne ont choisi de planter un ginkgo comme arbre symbole de la liberté. Un site Internet a même été créé pour cartographier les arbres remarquables plantés en France.

Les ginkgos de la gare de Saint-Sulpice-Laurière (Haute-Vienne), tout comme celui du parc de l’hôtel de ville à Toul (Meurthe-et-Moselle) ont reçu le label « Arbre remarquable de France » en 2001 et 2015. La ville de Strasbourg s’enorgueillit également de la présence de quatre ginkgos majestueux, offerts en 1880 par l’empereur du Japon à l’empereur allemand Guillaume II, et plantés sur la place de la République.

Ginkgos biloba, les arbres invincibles. (Stras TV/Youtube, 2017).

C’est certainement au Japon que l’espèce est la plus populaire, les arbres les plus remarquables y étant classés comme monuments naturels. La feuille de ginkgo est le symbole stylisé de la ville de Tokyo depuis 1989. L’espèce est particulièrement appréciée à l’automne où elle se pare de teintes dorées.

Le poète allemand J.W. von Goethe, qui avait également une grande admiration pour un ginkgo planté en 1795 au château de Heidelberg, y consacra un poème adressé en 1815 à son amie Marianne von Willemer, accompagné de deux feuilles de l’arbre… Cet arbre-là n’existe malheureusement plus.

Un arbre « panchronique »

Le ginkgo est considéré comme un arbre panchronique, autrefois appelé « fossile vivant » par Darwin. Cette expression est impropre et devrait être abandonnée, même si elle est encore parfois utilisée dans des publications relatives au ginkgo. Un fossile ne peut bien sûr pas être vivant !

Mais surtout, la notion de « fossile vivant » implique que la conservation de l’apparence globale d’une espèce serait due à une absence d’évolution, alors que toute espèce ne cesse d’évoluer, chacune à son rythme, ce rythme pouvant varier au cours des temps. Il n’en reste pas moins vrai que le ginkgo actuel est le seul et dernier représentant d’une famille (Ginkgoaceae, la plus ancienne famille d’arbres actuels), d’un ordre (les Ginkgoales) et même d’une classe (les Ginkgopsida), qui existait déjà au Paléozoïque (ou ère primaire), il y a 265 millions d’années.

Des études paléontologiques montrent que le genre Ginkgo comportait plusieurs espèces au Jurassique (-205 à -135 millions d’années) et qu’il a atteint un pic de diversité au Crétacé (-135 à -66 millions d’années) où, dans tout l’hémisphère Nord, de nombreuses espèces sont représentées, dont Ginkgo adiantoides présent du Crétacé supérieur au Miocène, et très proche de G. biloba par la forme de ses feuilles et la structure de ses ovules.



Serge Muller, Professeur, chercheur à l’Institut de systématique, évolution, biodiversité (UMR 7205 ISYEB, CNRS, MNHN, SU, EPHE), Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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