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Japon

Quel est cet arbre dans ma ville ? Le mûrier blanc, l’arbre nourricier du ver à soie

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Cet été, The Conversation France vous emmène battre le pavé des villes avec Serge Muller, botaniste au Muséum national d’histoire naturelle, à la découverte d’arbres peu connus. Car il n’y a pas que le platane, le tilleul et le marronnier qui égaient et rafraîchissent nos cités !


Comment le reconnaître ?

Le mûrier blanc (Morus alba L.) est une espèce de la famille des Moraceae, à laquelle ce genre a donné le nom. Cet arbre à écorce crevassée peut dépasser les quinze mètres de haut, mais présente souvent une couronne étalée.

Un arbre à la cime étalée et dont le tronc présente une écorce crevassée.
Serge Muller/MNHN, CC BY-NC-ND

Il porte des feuilles simples (non composées), alternes, mesurant de 5 à 12 cm, irrégulièrement dentées et, le plus souvent, ovales « acuminées », c’est-à-dire se terminant en pointe fine ; elles peuvent avoir des formes assez distinctes, certaines feuilles étant largement incisées. Elles sont glabres (non poilues) sur les deux faces, de couleur vert clair, et brillantes sur la face supérieure.

Comme toutes les espèces de cette famille, le mûrier blanc produit un latex, substance liquide plus ou moins épaisse.

Les fleurs mâles forment des chatons cylindriques, les fleurs femelles des chatons subsphériques. Une fois fécondées, ces dernières se transforment en fruits pouvant présenter différentes couleurs – blanc, rose ou violet.

Morus alba doit en fait son nom à la couleur blanche de ses bourgeons, et non à celle de ses fruits. Pour le mûrier blanc, ces fruits sont portés par un pédoncule en général de plus de 1 cm de long.

Feuilles et fruits.
Serge Muller/MNHN, CC BY-NC-ND

Cultivé pour l’élevage du ver à soie

Le mûrier blanc est une espèce originaire de Chine. Cet arbre y a été largement planté et cultivé depuis plus de 4000 ans comme source d’alimentation du ver à soie, la chenille du papillon Bombyx mori (le bombyx du mûrier), qu’on élève pour la production de la soie. Au Japon, la sériciculture (qui désigne l’élevage du ver à soie) a été importée de Chine au IIIe siècle après J.-C.

Le mûrier blanc et la sériciculture ont été introduits en Europe au cours du Moyen Âge, à partir du Proche-Orient par l’intermédiaire de la fameuse « Route de la soie ». Le mûrier a ensuite été largement diffusé dans toutes les régions subtropicales et tempérées du monde pour permettre l’élevage du ver à soie.

Le ver à soie français. (Télé Matin/Youtube, 2015).

En France, les premiers mûriers blancs sont mentionnés en Provence au XIIIe siècle. La production de soie se développe d’abord dans cette région et dans les Cévennes, au cours du Moyen Âge et au début de la Renaissance ; puis, dans la région lyonnaise, au XVIe siècle, sous l’impulsion du roi François Ier.

Mais cette activité s’est surtout étendue au début du XVIIe siècle, sous le règne d’Henri IV, grâce à Olivier de Serres. Ce gentilhomme ardéchois aura été le véritable promoteur de la culture du mûrier blanc en France avec la publication, en 1599, de l’ouvrage La cueillete de la soye par la nourriture des vers qui la font : Echantillo du theatre d’agriculture.

En 1601, il introduit le premier plant de cet arbre au Jardin des Tuileries (Paris) pour l’élevage du ver à soie ; il en fera installer 20 000 individus par la suite, dont il ne reste apparemment aucune trace.

Plus de 4 millions de mûriers ont été plantés dans le Sud de la France pour la sériciculture, dont l’apogée en France se situe au milieu du XIXe siècle dans la région lyonnaise, alors considérée comme la capitale mondiale de la soie.

La sériciculture française a ensuite progressivement décliné, suite aux maladies des vers à soie et aux conséquences des conflits mondiaux du XXe siècle, puis à la concurrence des textiles synthétiques. Si elle est devenue marginale aujourd’hui, quelques spécialistes passionnés continuent de la faire vivre. Et, au Japon, se perpétue encore la tradition de la sériciculture impériale à partir des feuilles du mûrier blanc.

Portrait, le ver à soie. (Silence, ça pousse/Youtube, 2018).
La sériciculture impériale de sa majesté l’Impératrice. (Koujo Hasugaki/Youtube, 2014).

Un ombrage de première classe

Outre son intérêt essentiel pour l’élevage du ver à soie, le mûrier blanc est un arbre à croissance assez rapide, qui tolère bien la sécheresse, mais nécessite beaucoup de lumière pour assurer son développement.

Ses fruits, appelés mûres (comme les fruits des Rubus, rattachés à la famille des Rosaceae), sont des syncarpes (fruits composés) sucrés et comestibles.

Par la densité de son feuillage et sa couronne étalée, le mûrier blanc figure sans aucun doute parmi les arbres qui assurent l’ombrage le plus important sous sa canopée.

Rue du Fer à Moulin (Paris, Vᵉ).
Serge Muller/MNHN, CC BY-NC-ND

À Paris, la base de données des arbres de la ville ne fait toutefois état que de 545 enregistrements, dont 301 en alignement, avenue Parmentier (Xe), rue du Fer à Moulin (Ve) ou rue du Commandeur (XIVe), par exemple. Pour Bordeaux, seuls 295 enregistrements figurent dans la base de données de la ville.

C’est donc assurément une espèce à laquelle devrait être accordée une place plus grande dans le cadre de l’adaptation des villes aux canicules estivales.

Arbres remarquables

Il subsiste plusieurs mûriers spectaculaires, distingués par le label « arbre remarquable de France », décerné par l’association ARBRES.

C’est notamment le cas du mûrier de Puymillier à Aubusson-d’Auvergne (63), de celui de Chassignelles (89), de celui de Moissat (63), alors que les mûriers blancs de la zone verte de la Grande Plaine à Toulouse ont reçu collectivement le label « ensemble arboré remarquable » en octobre 2015.

D’autres mûriers à découvrir

Le mûrier noir (Morus nigra L.) et le mûrier à feuilles de platane (Morus kagayamae Koidz.) sont deux espèces voisines, également originaires d’Asie, qui étaient aussi cultivées pour l’alimentation des vers à soie, mais sont bien plus rares aujourd’hui dans les villes.

Mûrier à papier, un arbre femelle en pleine floraison au parc Montsouris (Paris, XIVᵉ).
Serge Muller/MNHN, CC BY-NC-ND

Dans cette même famille des Moracées, on trouve également le mûrier à papier (Broussonetia papyrifera (L.) Vent.), arbre dioïque (les fleurs mâles et femelles sont présentes sur des individus différents) et originaire du Sud-Est asiatique. Les usages anciens en Chine (remontant à plus de 2000 ans) correspondent à l’utilisation de son écorce pour la fabrication de papier. À Paris, c’est dans les cimetières que cette espèce est actuellement la plus fréquente.

Mais l’espèce la plus connue et appréciée de cette famille, du fait de ses fruits comestibles et savoureux, est sans aucun doute le figuier (Ficus carica L.), originaire du Proche-Orient.

Le figuier. (Rustica/Youtube, 2013).

Nous vous donnons rendez-vous lundi prochain pour découvrir et apprendre à reconnaître un nouvel arbre des villes.



Serge Muller, Professeur, chercheur à l’Institut de systématique, évolution, biodiversité (UMR 7205 ISYEB, CNRS, MNHN, SU, EPHE), Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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